Cours ISI - Hypertexte
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[edit] La notion d'hypertexte
Il existe plusieur définitions de la notion d'hypertexte, variant par leur étendue ou par les usage envisagés. On peut citer, entre autres :
Une approche de la gestion d'information où les données sont stockées dans un réseau de noeuds connectés par des liens. Les noeuds peuvent contenir des textes, graphiques, audio, video, code source ou d'autres formes de données (Smith & Weiss, 1988).
Des fenêtres de l'écran sont associées à des objets d'une base de données et des liens sont fournis entre ces objets, graphiquement (éléments étiquetés) et dans la base de données (pointeurs).(Conklin, 1987).
Il ressort de ces définitions et de l'observation des modèles et systèmes hypertextes, dont le Worldwide Web, que l'hypertexte possède deux dimensions :
- la représentation des information et connaissances
- la navigation et la recherche dans un espace informationnel.
[edit] Information/connaissances
Alors que les bases de donnes de type relationnel proposent un schéma de stockage, par exemple des tables dans une base de données relationnelle, les hypertextes proposent d'établir des liens entre éléments d'information. Dans une base relationnelle ne peuvent entrer que des données obéissant au schéma prévu. À l'inverse, l'hypertexte ne fixe aucun schéma et travaille par "association libre".
"Whereas traditional databases have some structure around them, a hypertext database has no regular structure. The user is free to explore and assimilate information in different ways. " Nielsen (1990)
Certains systèmes ou modèles d'hypertextes et d'hyperlivre proposent de distinguer différents niveaux de contenu :
- un niveau factuel qui contient des informations sur des faits précis (le niveau des données)
- un niveau connaissance qui contient des connaissances ou concepts généraux.
- un niveau ancrage qui lie les faits aux connaissances générales qui les concernent.
On retrouve ce modèle dans l'idée du Web sémantique (Web 3.0) où chaque resource (page, image, ensemble de données) est associée à une description de ressource qui fait référence à un vocabulaire de concepts (ontologie) du domaine.
[edit] Navigation et recherche
Tout système hypertexte doit offrir une interface qui permet l'exploration de son espace d'informations et de connaissances (c'est le rôle des navigateurs comme Firefox ou Internet Explorer pour le Web). Cette exploration peut se faire par navigation ou par recherche selon un critère.
La navigation consiste à déplacer le centre d'attention de l'utilisateur d'un élément d'informaiton à un autre. L'activation d'un lien, par une action de l'utilisateur sur un objet visuel (un texte souligné dans le cas du Web) déclenche la traversée du lien et donc la navigation vers l'élément référencé par le lien. La navigation peut également se faire par défilement ("scrolling") à l'intérieur des documents affichés ou sur une feuille virtuelle où sont représentés graphiquement les noeuds de l'hypertexte (voir illustration).
Le terme navigation n'est peut être pas le plus approprié pour décrire le fonctionnement d'un hypertexte. Il implique en effet l'idée que l'utilisateur se "déplace" ou se "déporte" d'un endroit à l'autre dans le contenu informationnel. Certains auteurs critiquent cette vision qui déstabilise l'utilisateur et proposent au contraire de considérer que l'utilisateur est fixe et que c'est l'information qui vient vers lui lors de l'activation d'un lien. Suivant le design de l'interface de lecture on peut effectivement engendrer chez l'utilisateur un sentiment de fixité ou de navigation.
[edit] Hypertexte et conception des interfaces
Selon Conckin (1987), en plus d'être une technique de stockage et de représentation de l'information, l'hypertexte est également une modalité d'interface qui possède des icônes de liens ou des marqueurs qui peuvent être arbirtrairement insérés dans des contenus pour servir à la navigation.
L'hypertexte apporte donc l'idée de navigation dans un espace informationnel, mais aussi les idées d'ancrage, de création et de gestion de liens et de génération de documents d'interface à partir des information stockées.
L'hypertexte peut également fournir une vue unifiée au-dessus d'un ensemble hétérogène d'outils et de services. C'est ce qu'ont mis en oeuvre les créateurs du Web en définissant des serveurs Web qui peuvent non seulement stocker des documents mais également produire des documents HTML en faisant appel à d'autres programmes ou services (p.ex. une base de données, un annuaire, une machine pour le calcul intensif, etc.
[edit] Hypertextes et tâches intellectuelles
Dans "As we may think" V. Bush conçoit une machine qui doit aider des chercheurs à faire leur travail : accéder aux documents référencés par d'autres, lier des documents qui ont une relation sémantique entre eux, établir des chemins (trail) de liens pour constituer des ensembles d'informations cohérents. De même, le but des recherches d'Engelbart sur le système NLS était de fournir un outil pour "augmenter l'intellect humain", entre autres par le travail collaboratif sur des ensembles de documents. Les système KMS (Knowledge management system) était, comme son nom l'indique, destiné à gérer des connaissances.
Il est ressort que l'hypertexte a été conçu essentiellement pour
- chercher de l'information
- collecter l'information trouvée
- inter-relier des éléments d'information
dans le but d'acquérir ou de créer de nouvelles connaissances.
Donc, lorsqu'une interface doit servir à une tâche de cette nature, il est intéressant de penser à utiliser le concept d'hypertexte. L'exemple le plus courant est sans doute le système d'aide proposé sous forme d'hypertexte par la pluspart des logiciels. Inversément, l'hypertexte n'est pas un bon moyen de réaliser d'autres tâches (acheter un billet de train, remplir une déclaration d'impôt, ...)
[edit] Hypertextes et documents virtuels
Ce que voit l'utilisateur d'un hypertexte sur son écran n'est pas forcément une représentation telle quelle des noeuds et liens stockées dans la base de données de l'hypertexte. Les documents affichés peuvent être le résultat de procédés d'assemblage et de transformations opérés sur les éléments de la base de données. Par exemple, une page Web contenant des images résulte de l'assemblage d'un texte en HTML et d'images liées à ce texte. Une page de journal résulte de l'assemblage de plusieurs éléments écrits séparément (articles, listes d'évènements, publicités, ...).
L'hypertexte est alors un document virtuel au sens de potentiel. Il contient potentielement de nombreux documents "réalisables" par assemblage du contenu de sa base de données.
L'expérience montre que cette approche est très intéressante du point de vue de l'utilisabilité. Il est beacoup plus facile pour un utilisateur de lire un document généré et formatté selon les normes typograhiques que de reconstituer ce même contenu en parcourant une série de liens. Dans ce dernier cas on peut dire que l'auteur de l'hypertexte rejette sur le lecteur une partie de l'effort cognitif consistant à arranger l'information dans un ordre favorisant sa compréhension.
[edit] Modèles d'hypertextes
Au cours de l'histoire des systèmes hypertextes, qui remonte à 1967, différents modèles d'hypertextes ont été développés et mis en oeuvre. Si l'on retrouve toujours les éléments essentiels que sont :
- une interface graphique pour naviguer et afficher les noeuds
- un système d'écriture des noeuds et liens
- un système de recherche (par exemple par mots clés)
- un moteur hypermédia pour gérer les noeuds et liens
- un système de stockage de bas niveau (fchiers, bases de données relationnelles, bases de données ad hoc)
il existe une grande variété dans les caractéristiques de ces éléments. Les liens peuvent être typés ou non, mono ou bi-directionnels, mono ou multi-cibles. De même les ancres peuvent être : le noeud entier, un élément du noeud, une séquence d'éléments, un ensemble d'éléments, etc. Le comportement lors de la navigation peut également varier. suivre un lien peut remplacer le contenu actuellement visible par le contenu de la cible du lien; ouvrir une nouvelle fenêtre pour le noeud cible; insérer le contenu du noeud cible ("expand in place"); etc.
Le modèle Dexter est une tentative, datant de la fin des années 1980, pour créer un modèle unifié. Dans les années 1990 le modèle du Word-Wide Web est devenu un stadard de fait, malgré (ou grâce à) ses caractéristiques très minimalistes.
[edit] Conception des hypertextes
L'un des problèmes souvent évoqué en conception des hypertextes est la désorientation des utilisateurs
"... may ultimately limit the usefulness of hypertext." [Conklin, 1987]
L'utilisateur est désorienté lorsqu'il ne sait plus où il est dans le réseau de noeuds, ou d'où il vient, ou comment se rendre quelque part.
La lutte contre la désorientation impose une surcharge cognitive aux auteurs et aux lecteurs des hypertexts. Les auteurs doivent prendre garde à créer des points de repère, à nommer les noeuds, à montrer les traces de parcours. Les lecteurs, quand à eux, doivent se souvenir de leur parcours, s'arrêter pour prendre des notes, accéder plusieurs fois aux mêmes noeuds, etc. Divers outils ou techniques de conception ont été mise au point pour réduire cette surcharge cognitive :
- navigateurs graphiques
- vues multiples
- parcours et visites guidées
- cartes
- navigation conceptuelle
- hypertextes spatiaux
[edit] Navigateurs graphiques et cartes
Il s'agit d'une vue du réseau sous forme de graphe, chaque noeud de l'hypertexte est une sommet du graphe et chaque lien et un arc du graphe. On peut éventuellement supprimer les arcs pour plus de clarté.
Un navigateur graphique montre la totalité de l'hypertexte, il donne donc une idée de la taille du réseau, de sa structure (à condition de placer correctement les sommets).
Ces navigateurs sont cependant peu efficaces pour les recherches ciblées, ou si le réseau devient très dense.
D'autres techniques, directement inspirées de la cartographie ont pour but de lutter contre la désorientation. Parmi celles-ci on trouve
- contexte : affichage du contexte du noeud courant, composé d'informations sur les noeuds directement accessibles
- cartes locales
- cartes globales
- point de repère (landmarks) : noeuds directement accessibles depuis n'importe où
[edit] Différentes vues
Il n'existe pas de technique de visualisation idéale adaptée à toute tâche. On peut remédier à cet état de fait en proposant plusieurs vues distinctes du même hypertexte. Par exemple, dans le système Tinderbox ont peut voir l'hypertexte sous forme "outline", "map" ou "chart" (voir figure).
[edit] Parcours et visites guidées
Comme leur nom l'indique, les visites guidées et parcours sont là pour fournir à l'utilisateur des repères et des guides qui vont simplifier sa tâche. En restreignant les choix, les visites guidées réuisent l'effort cognitif nécessaire pour sélectionner le prochain noeud à visiter. De même, le parcours, composé de liens spécifiques (liens marqués), poursuit le même but, tout en offrant la possibilité de changer de parcours en cours de route.
Dans le système NoteCard, les visites étaient composées d'arrêts (comme des arrêts de bus) qui étaient eux-mêmes des ensembles de noeuds. On avait une sorte d'hypertexte dans l'hypertexte.
[edit] Espace de navigation conceptuel
Et si la désorientation était bénéfique ? dans l'apprentissage oblige à explorer
Les liens montrent OÙ sont les choses, ils ne disent rien À PROPOS des choses accès à un espace conceptuel liens calculés à partir d'un espace conceptuel (StrathTutor)
[edit] Méthodes de conception d'hypertextes
[edit] Approches structurées
Les approches structurées commencent en général par une modélisation conceptuelle du domaine sous forme de diagrammes entités/relations ou de diagrammes de classes ou d'autres formalismes.
On dérive ensuite la structure de l'hypertexte du schéma conceptuel. Les relations de la structure définissent les différents types de liens entre les noeuds qui contiennent les informations correspondant aux instances des entitées identifiées.
Ces approches on l'avantage de produire des structures d'hypertexte claires et complètes (on accède à toutes l'information par navigation) et toute l'information est représentée.
Par contre les structures obtenues sont généralement considérées comme rigides et ennuyeuses (Bernstein). De plus, elles ne sont pas forcément bien adaptées aux tâches des utilisateurs (puisque les tâches n'ont pas été prises en compte lors de la conception).
[edit] Approche par tâches et documents virtuels
On considère, dans cette approche, qu'une tâche de l'utilisateur nécessite l'accès à certains type de documents qui n'existent que virtuellement dans l'hypertexte.
Le système génère les documents par l'exécution d'un script Parcourt les structures K-A-I pour chercher l'information
L'écriture d'un hypertexte procède par ancrage (associer une information à une connaissance, structurer un document)
[edit] Approche "parcs et jardins"
L'hypertexte doit se situer entre le désordre et l'ordre rigide. Critique des approches structurées qui génèrent des HT rigides et ennuyeux. Critique des liens trop directs qui font "survisiter" certaines pages (p.ex. home page).
Métaphores: désordre : la jungle ordre rigide : la ville désordre organisé : les parcs et jardins il y a des chemins mais pas directs, vous font voir d'autres choses, surprises, détours, etc. il y a des panneaux indicateurs (direction ≠ lien direct)
[edit] Une brève histoire des hypertextes
Dans un article devenu fameux « As we may think » (1945, Vanevar Bush propose une machine (memex) pour stocker des documents (sur microfilms), stocker des liens entre ces documents, afficher les documents et obtenir instantanément tout document lié à un autre. Ce design, iréalisable à l'époque, lui a été inspiré par la capacité humaine de passer d'une idée à l'autre quasi instantanément.
In a lecture last Wednesday entitled "Computers, Creativity and the Nature of the Written Word," Theodor Nelson of the sociology department challenged the public to be receptive to new uses of computers, [...]
Mr. Nelson pointed out that we often do not think in linear sequences but rather in "swirls" and in footnotes. He introduced the concept of the hyper-text, which would be a more flexible, more generalized, non-linear presentation of material on a particular subject.
Le terme "hypertext" est apparu en 1965 dans un article daté du 3 férvir du journal du Vassar College à propos d'une présentation faite par Ted Nelson (en vignette à gauche, conférence Hypertext 2003).
À la même époque, Nelson lance le projet Xanadu qui a pour but d'utiliser les machines pour la création littéraire (literary machines). Il définit la notion de "docuverse" constitué de données stockées une seule fois; persistantes (pas de suppression); accessible par des liens depuis partout par une navigation personnelle, avec des choix, non-linéaire. De plus le modèle Xanadu propose la gestion du Coypright (citations de tout taille intégrées sans "friction"); la connexion à l'original (toute citation reste connectée à son original par "transclusion"); des liens bi-directionnels (chacun peut publier des commentaires connectés à une page); la gestion complète des versions (avec branchements); la publication incrémentale : changements sans briser les liens..
On reconnait, avec une vingtaine d'années d'avance les idées du Word-Wide Web et des wikis.
En 1967-68, Andries Van Dam, Ted Nelson, et leurs collaborateursLes réalisent le Hypertext Editing System (HES) qui est le premier système hypertexte fonctionnel. Il représente l'implémentation des idées de Nelson sur les hypertextes et permet la production de documents imprimés. Il servira à tester des idées d'hypertexte
À la même époque Douglas Engelbart développe le système NLS/Augment qui est le premier hypertext collaboratif. Il fonctionne sur un ordinateur central auquel les utilisateurs accèdent à travers des terminaux. Ce système est présenté en public et donne lieu à une démonstration mémorable lors d'un important congrès d'informaticiens.
In 1968,1 finally met Doug Engelbart and experienced his landmark demonstration at the Fall Joint Computer Conference, about as gutsy and risky a demo as I have ever seen. He was doing multiperson collaboration, using all of his tools on-line interactively-it was a tour de force. He did outline processing, browsing and jumping around through multiple files with text and graphics, using key words and other view specs to act as viewing filters over his data, using text-searching capabilities, and so on. A. Van Dam, Hypertext '87 keynote speech
Plusieurs système hypertextes ont ensuite été développés et utilisés. Parmi ceux-ci on peut citer KMS (knowledge management system), Intermedia, Notecard, Hypercard, Storyspace et MacWeb. Le plus utilisé d'entre eux a sans doute été Hypercard, développé par Bill Atkinson chez Apple Inc.
Dans hypercard les éléments d'information (les noeuds de l'hypertexte) sont des cartes qui peuvent contenir divers objets graphiques: textes, icônes, dessins libres, boutons, menus, etc. . Les cartes sont organisées en piles. Pour simplifier le design des piles on peut définir des modèles de cartes, appelés fonds. Tout objet peut être associé à un script (écrit en Hypertalk) qui réagit aux messages qu'il reçoit. Les liens sont en fait des objets (de n'importe quel type) munis d'un script du type
on mouseUp go card "destination" en mouseUp
Hypertextes spatiaux Le positionnement spatial des noeuds représente une relation sémantique
p.ex. système de gestion de bookmarks (Web Squirrel) TinderBox
